Trafiquée

Note d'intention

« L'exploitation sexuelle de jeunes femmes, alléchées par des promesses sournoises de métier rémunérateur et de promotion sociale en pays étranger » : elle est une réalité de tous temps, aux quatre coins du monde, et s’amplifie encore aujourd’hui. Cette « migration de femmes » va totalement à l’encontre des enjeux de dignité, de développe-ment, de travail, de respect, de sécurité, de cohésion sociale, d’égalité des femmes et des hommes et d’un mieux vivre ensemble. 

La traite des femmes et des enfants est un phénomène largement tabou qu’Emma Haché et Annik Notte veulent présenter et dénoncer, tout en contribuant si possible à sa prévention. 

Texte écrit par une auteure canadienne francophone, adapté, produit et mis en scène par une Compagnie belge francophone en dialogue et en collaboration avec des collègues sénégalais. Trafiquée, de par son thème et sa façon de l’exposer, peut sensibiliser les spectateurs de tous les pays, du Sud et du Nord, à la problématique difficile de la manipulation, de l’exploitation, de l’humiliation et de la traite des êtres humains – en particulier des femmes et des enfants. C’est un esclavage des temps présents – incarné ici par une femme qui non pas vend son corps, mais dont on vend le corps et qui, en fin de compte, au bout d’une longue descente aux enfers, va agir dans le sens d’une douloureuse liberté.

Trafiquée est une pièce dure, c’est une claque, un électrochoc. De par les émotions qu’elle suscite à coup sûr, elle incite à la prise de conscience et à la prise de parole, chemin vers l’action. Elle doit permettre ainsi chez le public – notamment un public en âge de se laisser entraîner par des « utopies louches », « un peu trop belles pour être vraies » – de découvrir l’autre côté du miroir et de se remettre en question. Mais pour tous les autres aussi, ce récit mis sur la scène peut appeler à un changement d’attitude par rapport à une réalité qu’ils soupçonnent ou pressentent peut-être tout en se refusant de la voir dans ce qu’elle a de plus sordide.

Cela étant, Trafiquée reste d’abord une pièce de théâtre et une œuvre d’art. Dans sa démarche, Annik Notte est d’ailleurs convaincue qu’à côté d’actions sociales, pédagogiques et d’encadrement spécifiques et dirigées, la scène comme tout autre medium artistique, a son rôle à jouer dans la mise en place d’une société consciente d’elle-même et de son humanité, et d’une citoyenneté allant à l’encontre d’un individualisme effréné, en interpellant chaque individu et chaque groupe.

De façon indirecte et non comminatoire, c’est justement par cette interpellation libre qu’un spectacle théâtral peut situer un thème de façon juste et empathique, et permettre à la parole, au dialogue et à la réflexion des spectateurs d’entrer en jeu, après ou autour de la pièce.

Cette dimension est toujours essentielle pour le Théâtre de la Nuit. C’est pourquoi des relais sont mis avec des intervenants, individus ou associations, susceptibles de prolonger et d’expliciter la problématique pour tout public intéressé. En ce sens, la pièce Trafiquée peut servir « d’outil » au sens noble en vue d’une sensibilisation.

Spectacle Trafiquée